Succession : comment repérer un vase Art nouveau ou Art déco de valeur ?
Vase Gallé, Daum, Walter, Muller Frères, Argy-Rousseau dans une succession ?
Un commissaire-priseur de la Meuse livre les 5 vérifications à faire avant toute estimation.
Vider une maison de famille réserve parfois des surprises. Sur une cheminée ou au fond d’une vitrine, un vase signé Gallé, Daum ou Walter, peut valoir quelques dizaines d’euros… ou plusieurs milliers. Encore faut-il savoir le reconnaître, et ne pas se laisser abuser par l’une des nombreuses copies en circulation.
Commissaire-priseur et commissaire de justice installé à Bar-le-Duc, dans la Meuse, je suis régulièrement appelé à inventorier ce type de pièces lors de successions. Voici la méthode que j’applique pour faire un premier tri et repérer celles qui méritent un examen approfondi.
1. Distinguer verre multicouche et pâte de verre
C’est la confusion que je rencontre le plus souvent : on parle de « pâte de verre » pour désigner n’importe quel vase Art nouveau. Il s’agit pourtant de deux techniques très différentes.
• Le verre multicouche : plusieurs couches de verre de couleurs différentes sont superposées lors du soufflage, puis le décor est dégagé à l’acide ou à la roue. C’est la technique de Gallé, Daum, Le Verre Français, Legras ou Muller Frères.
• La pâte de verre : du verre broyé en poudre, mêlé de colorants, est mis en forme dans un moule puis cuit. Le rendu est plus mat, plus dense, souvent proche de la pierre. C’est la spécialité d’Argy-Rousseau ou d’Almaric Walter.
Savoir à quelle famille appartient une pièce oriente toute la suite de l’identification : un « Gallé » en pâte de verre, par exemple, doit immédiatement éveiller les soupçons.
2. Examiner la signature, sans s’y fier aveuglément
Je vérifie ensuite que la signature correspond bien à la manufacture annoncée et à la période supposée. Les ouvrages spécialisés reproduisent les signatures des grands verriers et permettent une première comparaison : graphie, emplacement, technique (gravée, en camée, à l’acide, émaillée…).
Mais je le répète souvent aux familles : une signature ne suffit jamais à authentifier une pièce. C’est l’élément le plus facile à imiter, et le premier que soigne un faussaire. Elle doit toujours être étudiée en lien avec l’ensemble des autres caractéristiques.
3. Vérifier la cohérence de la technique et du décor
La technique de fabrication doit correspondre à la manufacture et à l’époque revendiquées. J’observe attentivement :
• le travail à la roue et la gravure à l’acide ;
• la superposition et l’épaisseur des couches de verre ;
• le traitement des surfaces (poli, satiné, martelé…) ;
• la finesse et la composition du décor.
Chaque détail compte. C’est souvent un élément technique négligé par le faussaire qui trahit l’imitation.
4. Observer le verre :
transparence, luminosité, déformation optique
Sur les pièces soufflées, notamment les vases en verre multicouche, je prends le temps de regarder la pièce à contre-jour. La déformation optique du verre (ce que l’on appelle « la loupe »), sa transparence et sa luminosité peuvent fournir des indices précieux.
Ces observations doivent cependant être interprétées en fonction de la technique employée : à elles seules, elles ne constituent pas une preuve d’authenticité.
5. Contrôler l’état général de la pièce
Un vase authentique mais abîmé perd une grande partie de sa valeur. J’inspecte donc la pièce à la recherche :
• d’éclats, de fêles et de fissures ;
• de réparations, en particulier les restaurations à la résine.
Une lumière forte, un éclairage rasant ou une lampe à ultraviolets aident à repérer des différences de fluorescence entre le verre d’origine et les matériaux de restauration. Là encore, ces indices sont à interpréter avec prudence.
Je contrôle aussi les arêtes, les proportions et les dimensions. Certains vases endommagés ont été recoupés puis repolis : leur hauteur, et parfois leur silhouette, ne sont plus d’origine. Cette pratique, fréquente sur les soliflores, peut avoir une incidence importante sur la valeur de l’objet. Comparer les dimensions avec celles des modèles référencés est souvent révélateur.
Et l’estimation ?
Ce n’est qu’après ces premières vérifications que l’on peut raisonnablement envisager une estimation. Celle-ci repose sur plusieurs critères :
• l’authenticité ;
• la manufacture et la période ;
• la rareté du modèle ;
• la qualité d’exécution ;
• l’état de conservation ;
• la provenance ;
• et, enfin, la réalité du marché au moment de la vente.
En résumé : un faisceau d’indices
L’identification d’un vase Art nouveau ou Art déco ne repose jamais sur un seul critère. La signature n’est qu’un point de départ : c’est la cohérence entre la technique, le décor, les dimensions, l’état et l’histoire de la pièce qui permet de savoir si une expertise approfondie est justifiée.
Vous avez repéré une ou plusieurs pièces prometteuses ? Avant de les vendre, de les partager entre héritiers ou de les déclarer, faites-les examiner par un professionnel.
Régis Cappelaere Commissaire de justice (SELARL Cappelaere Prunaux) et commissaire-priseur (Adonis), Bar-le-Duc (Meuse)